Le Premier Ministre Brown vient d’annoncer son plan de relance de l’économie britannique et sa mesure phare : la baisse d’un point et demi de la TVA de 17,5% à 15%. Il s’agit bien entendu d’une décision indispensable pour relancer une économie britannique très sérieusement affectée par la récession, la chute des marchés et des prix de l’immobilier. Le PIB britannique devrait se contracter d’au moins 1,5% l’an prochain selon les prévisions. Le chômage est en train de remonter en flèche. Il fallait donc que le gouvernement réagisse très vigoureusement.
Je suis toutefois frappé par le caractère très spécifique des mesures de relance adoptées au Royaume-Uni.
La décision de baisser la TVA contraste notamment fortement avec le reste des Etats européens dont les taux de TVA sont généralement déjà plus élevés qu’au Royaume-Uni et qui sont souvent opposés au principe de baisses de la TVA. Pour des pays disposant encore d’une base industrielle solide, comme la France ou l’Allemagne, la relance de la consommation intérieure par des baisses d’impôts présente l’inconvénient de subventionner les importations des pays tiers. Nous préférons donc des mesures plus ciblées et un soutien à l’investissement. Pour le Royaume-Uni, cette question ne se pose pas dans les mêmes termes, car le pays a assez largement abandonné son ambition industrielle. A situations différentes, remèdes différents. Cela ne veut bien évidemment pas dire qu’une coordination des plans de relance nationaux et qu’une démarche européenne sur certains sujets d’intérêt commun (environnement, compétitivité, infrastructures) n’est pas souhaitable. Mais elle doit être accompagnée par des mesures nationales adaptées aux réalités propres aux Etats membres.
Le Royaume-Uni et l’euro : je t’aime moi non plus
25.11.08 17:38| 3 commentaires | Fil des réactions à ce billet
Dans ce contexte, il me semble trop rapide d’affirmer que la crise financière va modifier l’attitude britannique vis à vis de l’euro. Au contraire, la nécessité absolue de soutenir la croissance plaide pour l’utilisation de la flexibilité du taux de change afin d' ajuster l’économie britannique. Plus que jamais, le Royaume-Uni a besoin d’utiliser les marges de manœuvre budgétaires et monétaires dont il dispose pour sortir de la récession. Comme le montre son choix en faveur de la baisse de la TVA, le Royaume-Uni continue effectivement à privilégier des mesures nationales, adaptées aux spécificités de son économie : poids de la dette des ménages, bulle immobilière, poids de la finance et des services dans la richesse nationale, dépendance forte aux apports de capitaux externe …
L’euro au Royaume-Uni, ce n’est pas pour demain.
L’euro au Royaume-Uni, ce n’est pas pour demain.
Catégorie : L'EUROPE QUE JE VOIS | Mots clés : baisse de la TVA crise financière euro au Royaume-Uni PIB britannique relance de léconomie britannique

3 commentaires REAGIR
Nous le savons, il existe deux sortes de devises : monétaires et morales. Or L'EUROPE jouit à la fois d'une monnaie à utiliser et d'un idéal à réaliser : l'euro n'a donc de VALEUR qu'à la mesure de l'UNION DANS LA DIVERSITE. Comme celle d'EUROPE la princesse mythique, la trajectoire de L'EUROPE doit rester opératoire en reliant les citoyens et en unissant les nations.
Effectivement, pas d’Euros sur l’Ile pour toutes ces raisons et pour d’autres, bien plus importantes encore. Bien que généralement négligées par des esprits cartésiens que confortent les logiques de chiffres et de processus plus simple à démontrer et à défendre, il n’en est pas moins vrai que ce sont les émotions qui gouvernent le monde.
Nous sommes des hommes, gérés par des convictions, des programmations mentales inconscientes et dominatrices que l’illusion de la raison fait confortablement disparaître. Et pourtant ce sont ces émotions et leur nature spécifique d’une culture à l’autre qu’il faut savoir comprendre et utiliser si l’on veut éviter le risque d’un avenir construit sur un mirage de communauté d’esprit.
Les réalités culturelles SONT plus décisives que les aléas financiers et économiques puisque ceux-ci en résultent, Comment résoudre les problèmes si l’on ne s’attelle pas à saisir la véritable nature des différentes perceptions spécifiques du monde ?
Le meilleur exemple n’est il pas Franco-anglais ou Anglo-français ?
Cousins batailleurs, frères ennemis de racines communes, “l’arrogant frog” face à la “perfide Albion”. Si l’on peut comprendre la mécanique, on peine à saisir la conviction et c’est bien normal. Opposés sur la quasi totalité des dimensions essentielles au Modus Operandi des perceptions et prises de décisions (distance hiérarchique, individualisme, masculinité, gestion de l’incertain), comment pourrions nous percevoir problèmes et solutions de façon semblable. Vive la diversité oui ; mais une diversité apprise, comprise, respectueuse plutôt que soumise, tactique, intéressée et trop souvent conflictuelle. Que l’ignorance de la nature même de nos différences nous coûte chers! Que l’illusion de communauté d’esprit qu’offre cet ensemble de règles et langages techniques communs nous est nuisible! Qu’il est dangereux de croire comprendre quand l’universalité des mots cache les profondes différences des interprétations de ceux qui les utilisent.
Comprendre, vraiment comprendre avec la raison mais aussi avec cette sensibilité particulière inhérente à chaque culture et enfin accepter ces dissemblances sublimées dans les mots mais rejetées dans les faits. A quand une véritable capacité à avancer ensemble plutôt que côte à côte et parfois face à face? Qui aura le courage, la ténacité et le talent de faire de cette Babel des perceptions Européennes une richesse enfin correctement exploitée ?
Cher Jean-Pierre Jouyet
Certes. Et les partis politiques britanniques engagés dans la formulation de l'intérêt général de l'Union, ce n'est pas, non plus, pour après-demain.
Et les français, c'est pour quand?