Vues d'Europe | Le blog de Jean-Pierre Jouyet

Bilan, à chaud, du Conseil européen des 15 et 16 octobre

16.10.08 18:17| 3 commentaires | Fil des réactions à ce billet

Ce Conseil européen a marqué une rupture sur la forme et sur le fond.

Sur la forme, tout d’abord, parce que les débats sur des sujets de crise économique et financière ont été conduits de manière ordonnée, rapide et concentrée sur l’essentiel, sous l’impulsion du Président Sarkozy.

Le résultat est là. Pour la première fois, et alors que les sujets étaient très importants, à court et à long terme (énergie, climat, immigration, réflexion sur l’avenir de l’Europe), les conclusions sont ramassées sur moins de dix pages, centrées sur des décisions concrètes. Chacun a salué cette nouvelle manière de faire preuve d’un leadership renouvelé, revendiqué et accepté. Fini le temps où l’on passait en revue tous les sujets en insistant essentiellement sur l’analyse mais en renvoyant les décisions de Présidence en Présidence, du politique au technique, du conseil européen aux conseils sectoriels.

Une Europe à 27, confrontée à des enjeux sans précédents et qui, avant l’élection américaine, souhaite se projeter en acteur global, ne peut plus se permettre ce luxe désuet.

Je suis persuadé que, quel que soit notre avenir institutionnel, plus rien ne sera comme avant dans la manière de travailler, de s’organiser, de décider. L’Europe du statu quo est morte. La Crise – les crises – les enjeux d’un mode de développement nouveau, imposent à l’Europe d’inventer de nouvelles pratiques, de nouvelles procédures.

Prenons la séquence de traitement de la Crise financière et venons en au fond. Il fallait d’abord mettre d’accord les principales économies européennes engagées dans le G8, puis concrétiser les solidarités institutionnelles - et de fait - qui existent dans la zone euro, avant de rassembler les 27 autour d’un ensemble de solutions qui :

- d’une part accroissent la cohésion et la solidarité financière de l’Europe dans l’Union (j’en veux pour preuve l’aide apportée par la Banque Centrale Européenne à la Banque de Hongrie), voire au delà de l’Union (la référence à la situation islandaise dans les conclusions en est le témoin);

- d’autre part, confèrent à l’Europe un statut de leader sur la scène internationale (les Etats Unis et une bonne partie des nouvelles puissances émergentes adoptent ou adopteront des dispositifs similaires pour éviter toute implosion du système financier international). En ce sens, la demande formulée par le Président du Conseil européen mandaté à cet effet, d'une réunion G8 élargie aux émergents sur une nouvelle architecture financière mondiale est symptomatique de ce nouvel élan.

L’Europe ne peut résoudre, à elle seule, la crise révélée par les tensions sur les marchés. Elle doit résoudre ses propres problèmes avant de participer à une refondation d’un système financier vermoulu et vicié. Ainsi, cette Europe trop longtemps considérée comme un objet passif, devient acteur de sa propre histoire et contribue avec ses moyens, son influence retrouvée, à l’indispensable amélioration de l’ordre économique international trop longtemps soumis aux désordres de la dérégulation et du laisser faire.

Les discussions économiques et financières ont pleinement mis en évidence la nécessité d’agir au-delà de la crise financière, l’ébranlement du modèle néo-libéral américain débouchant, hélas, sur une récession économique. La crise nous impose également de ne pas renoncer au traitement du changement climatique. Elle renforce aussi cette exigence car on voit qu’un développement durable équilibré est la clé de notre croissance de demain. 

Sans que chacun s’accorde, ce qui est regrettable sur  une relance européenne, chacun reconnaît cependant :

- qu’il faut une coordination économique venant en appui de la coordination financière (la référence à la nécessité de préserver une industrie européenne forte est un acquis très appréciable, de même que la reconnaissance par la Commission européenne de l’urgence de l’actualisation de la stratégie de Lisbonne);

- qu’il convient de réviser nos logiciels classiques lorsque nous devons affronter de telles circonstances exceptionnelles adverses. Nous parlons bien sûr du régime des aides d’état et de l’adaptation des règles budgétaires (nécessaires) aux actions de soutien et de garantie des épargnants citoyens européens.

D’un mal - profond - peut sortir un bien - inattendu -. C’est un peu le bilan à chaud que l’on peut tirer de ce Conseil dans lequel, fort heureusement, rien ne s’est passé comme prévu. C’est stimulant pour l’Europe qui prouve son unité, sa réactivité. C’est encourageant pour l’avenir car on voit que la coordination entre les Etats Membres (ce que l’on appelle dans la théologie européenne "l’Intergouvernemental") n’est pas ennemie, loin de là, du plus d’Europe et de l’esprit communautaire.

Si les vieilles querelles font place au bon sens, au réveil du politique, alors oui, rien que pour cela, ce Conseil, la Présidence Française et son Président très européen n’auront pas été inutiles.

Catégorie : L'EUROPE QUE JE VOIS | Mots clés : conseil européen coordination financière crise économique et financière G8 intergouvernemental présidence française

3 commentaires REAGIR

1 Martina Latina17.10.08 06:10

Saluons en effet l'union sacrée formée pour sauver les marchés. Mais, en cette journée internationale de la lutte contre la misère, sachons d'abord servir avec autant d'opiniâtreté que d'imagination le BIEN COMMUN, c'est-à-dire la justice sociale inscrite au coeur de nos démocraties.

2 franco2419.10.08 14:03

Bonjour,
En cette époque de besoins de repères, je voudrai bien savoir quels sont les pays de l UE qui n ont pas de convention avec la France ce qui fait que leurs automobilistes peuvent impunément échapper aux sanctions des photos radar du fait que les autorités françaises ne peuvent pas les poursuivre dans leurs propres pays.
Or d après certains témoins oculaires, certaines infractions enregistrées par radars en matière de vitesse étaient aussi accompagnées des délits de mise en danger d 'autrui par imprudence ou négligence.
Ce qui fait que aujourd hui, dans le fichier dentral des infractions radars routiers, il y a des automobilistes étrangers non sanctionnés et reçidivistes.
Ce qui aux Etats-Unis par exemple pourraient leur coûter assez cher et notamment à partir de janvier
2009 ( rien à voir avec les élections!).

3 Jean-Pierre Jouyet29.10.08 11:44

Cher Franco 24,
Oui, il existe une proposition de directive en cours de négociation qui vise à faciliter l'application transfrontalière de la législation en matière de sécurité routière. Sans rentrer dans les détails, ce système permettrait à chaque État membre de se renseigner sur l'identité du propriétaire du véhicule qui a commis une infraction (franchissement de feu rouge, conduite en état d'ivresse, non-port de ceinture, excès de vitesse). Il a été débattu lors du Conseil Transports du 9 octobre et ce point sera à nouveau inscrit au Conseil Transports des 8/9 décembre.




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