Ce
Conseil européen a marqué une rupture sur la forme et sur le fond.
Sur
la forme, tout d’abord, parce que les débats sur des sujets de crise économique
et financière ont été conduits de manière ordonnée, rapide et concentrée sur
l’essentiel, sous l’impulsion du Président Sarkozy.
Le
résultat est là. Pour la première fois, et alors que les sujets étaient très
importants, à court et à long terme (énergie, climat, immigration, réflexion
sur l’avenir de l’Europe), les conclusions sont ramassées sur moins de dix
pages, centrées sur des décisions concrètes. Chacun a salué cette nouvelle
manière de faire preuve d’un leadership renouvelé, revendiqué et accepté. Fini
le temps où l’on passait en revue tous les sujets en insistant essentiellement
sur l’analyse mais en renvoyant les décisions de Présidence en Présidence, du
politique au technique, du conseil européen aux conseils sectoriels.
Une
Europe à 27, confrontée à des enjeux sans précédents et qui, avant l’élection
américaine, souhaite se projeter en acteur global, ne peut plus se permettre ce
luxe désuet.
Je
suis persuadé que, quel que soit notre avenir institutionnel, plus rien ne sera
comme avant dans la manière de travailler, de s’organiser, de décider. L’Europe
du statu quo est morte. La Crise – les crises – les enjeux d’un mode de
développement nouveau, imposent à l’Europe d’inventer de nouvelles pratiques, de
nouvelles procédures.
Prenons
la séquence de traitement de la Crise financière et venons en au fond. Il
fallait d’abord mettre d’accord les principales économies européennes engagées
dans le G8, puis concrétiser les solidarités institutionnelles - et de fait
- qui existent dans la zone euro, avant de rassembler les 27 autour d’un ensemble
de solutions qui :
- d’une
part accroissent la cohésion et la solidarité financière de l’Europe dans
l’Union (j’en veux pour preuve l’aide apportée par la Banque Centrale
Européenne à la Banque de Hongrie), voire au delà de l’Union (la
référence à la situation islandaise dans les conclusions en est le témoin);
- d’autre
part, confèrent à l’Europe un statut de leader sur la scène internationale (les
Etats Unis et une bonne partie des nouvelles puissances émergentes adoptent ou
adopteront des dispositifs similaires pour éviter toute implosion du système
financier international). En ce sens, la demande formulée par le Président du
Conseil européen mandaté à cet effet, d'une réunion G8 élargie aux émergents
sur une nouvelle architecture financière mondiale est symptomatique de ce
nouvel élan.
L’Europe
ne peut résoudre, à elle seule, la crise révélée par les tensions sur les
marchés. Elle doit résoudre ses propres problèmes avant de participer à une
refondation d’un système financier vermoulu et vicié. Ainsi, cette Europe trop
longtemps considérée comme un objet passif, devient acteur de sa propre
histoire et contribue avec ses moyens, son influence retrouvée, à
l’indispensable amélioration de l’ordre économique international trop longtemps
soumis aux désordres de la dérégulation et du laisser faire.
Les
discussions économiques et financières ont pleinement mis en évidence la
nécessité d’agir au-delà de la crise financière, l’ébranlement du modèle néo-libéral
américain débouchant, hélas, sur une récession économique. La crise nous impose
également de ne pas renoncer au traitement du changement climatique. Elle
renforce aussi cette exigence car on voit qu’un développement durable équilibré
est la clé de notre croissance de demain.
Sans
que chacun s’accorde, ce qui est regrettable sur une relance européenne, chacun reconnaît
cependant :
- qu’il
faut une coordination économique venant en appui de la coordination financière (la
référence à la nécessité de préserver une industrie européenne forte est un
acquis très appréciable, de même que la reconnaissance par la Commission
européenne de l’urgence de l’actualisation de la stratégie de Lisbonne);
- qu’il
convient de réviser nos logiciels classiques lorsque nous devons affronter de
telles circonstances exceptionnelles adverses. Nous parlons bien sûr du régime
des aides d’état et de l’adaptation des règles budgétaires (nécessaires) aux
actions de soutien et de garantie des épargnants citoyens européens.
D’un
mal - profond - peut sortir un bien - inattendu -. C’est un peu le bilan à
chaud que l’on peut tirer de ce Conseil dans lequel, fort heureusement, rien ne
s’est passé comme prévu. C’est stimulant pour l’Europe qui prouve son unité, sa
réactivité. C’est encourageant pour l’avenir car on voit que la coordination
entre les Etats Membres (ce que l’on appelle dans la théologie européenne "l’Intergouvernemental")
n’est pas ennemie, loin de là, du plus d’Europe et de l’esprit communautaire.
Si
les vieilles querelles font place au bon sens, au réveil du politique, alors
oui, rien que pour cela, ce Conseil, la Présidence Française
et son Président très européen n’auront pas été inutiles.
3 commentaires REAGIR
Saluons en effet l'union sacrée formée pour sauver les marchés. Mais, en cette journée internationale de la lutte contre la misère, sachons d'abord servir avec autant d'opiniâtreté que d'imagination le BIEN COMMUN, c'est-à-dire la justice sociale inscrite au coeur de nos démocraties.
Bonjour,
En cette époque de besoins de repères, je voudrai bien savoir quels sont les pays de l UE qui n ont pas de convention avec la France ce qui fait que leurs automobilistes peuvent impunément échapper aux sanctions des photos radar du fait que les autorités françaises ne peuvent pas les poursuivre dans leurs propres pays.
Or d après certains témoins oculaires, certaines infractions enregistrées par radars en matière de vitesse étaient aussi accompagnées des délits de mise en danger d 'autrui par imprudence ou négligence.
Ce qui fait que aujourd hui, dans le fichier dentral des infractions radars routiers, il y a des automobilistes étrangers non sanctionnés et reçidivistes.
Ce qui aux Etats-Unis par exemple pourraient leur coûter assez cher et notamment à partir de janvier
2009 ( rien à voir avec les élections!).
Cher Franco 24,
Oui, il existe une proposition de directive en cours de négociation qui vise à faciliter l'application transfrontalière de la législation en matière de sécurité routière. Sans rentrer dans les détails, ce système permettrait à chaque État membre de se renseigner sur l'identité du propriétaire du véhicule qui a commis une infraction (franchissement de feu rouge, conduite en état d'ivresse, non-port de ceinture, excès de vitesse). Il a été débattu lors du Conseil Transports du 9 octobre et ce point sera à nouveau inscrit au Conseil Transports des 8/9 décembre.