Vues d'Europe | Le blog de Jean-Pierre Jouyet

Ma première plénière au Parlement européen sous Présidence française

23.07.08 10:06| Un commentaire | Fil des réactions à ce billet

Quelques impressions, quelques images fortes, de cette première semaine de présidence française au Parlement européen. Que je vous livre, "en vrac".

L'hémicycle, d'abord,  immense, blanc et bleu, impressionnant. Difficile lorsque l'on participe à la séance des questions, de mettre immédiatement un nom et un pays d'élection sur une silhouette lointaine. Même si je connais désormais un grand nombre de députés.

L'exercice du débat d’actualité, ensuite. Il portait pour mon tout premier sur la situation en Afghanistan. Le principe est simple, en apparence : le rapporteur (ici, André Brie, allemand de la Gauche Unitaire européenne) présente son rapport. La Commission européenne, représentée par Benita Ferrero Waldner et le Conseil, que je représentais, réagissent tour à tour. Mais les orateurs se succèdent toutes les deux minutes. Le Président leur donne la parole selon le principe du « catch the eyes ». Contrairement à l’Assemblée nationale, ici pas d’invectives, pas de choc frontal entre une majorité et une opposition. Pourtant, les débats sont très vivants et moins convenus. Ils vont au fond des choses et il ne s'agit pas de faire de "l'à peu près". Les députés connaissent trop bien leurs sujets pour que le Conseil se le permette.

Moment d'émotion pour moi : la signature solennelle, dans l’hémicycle, de l’accord final sur Galileo, le système européen de radionavigation par satellite, sans doute notre plus ambitieux programme industriel commun depuis Airbus. Cette signature, c’est l’indépendance technologique européenne dans l’espace pour les décennies à venir.

Forte poussée d'adrénaline pendant les 4h00 de débats non-stop sur l'actualité internationale : du Zimbabwe au sort des prisonniers palestiniens, de la stratégie de la Commission européenne sur les futurs élargissement de l’Union à la Chine (un tour de chauffe pour Daniel Cohn-Bendit). Sur tous ces sujets, ce n’est pas la France en tant qu’Etat membre qui donne son point de vue, mais la France en tant que présidence du Conseil, qui s’exprime au nom des 27 ! Il faut parfois savoir se censurer : où passe la ligne entre ce que je pense à titre personnel, ce que pense le secrétaire d'Etat français et ce que je peux dire au nom du Conseil ? Exercice redoutable, aussi, car le député exerce son droit de suite : il peut rebondir encore et encore sur votre réponse. Il me faut apprendre à ne pas utiliser toutes mes cartouches à la première réponse !

Admiration pour la maestria politique et technique avec laquelle le Président de la République a présenté le programme de la présidence, le jeudi matin. 3h00 de débat d’une très grande intensité politique, pendant lesquels Nicolas Sarkozy, sans note, va répondre à chaque intervenant individuellement dans un marathon que l’assemblée de Strasbourg n’avait jamais connu (dixit le président du PE). Beaucoup de responsabilité sur nos épaules lorsque le président du groupe socialiste souhaite bonne chance à la présidence française au nom de l’intérêt de l’Europe et assure le Président du soutien de son groupe sur les priorités communes que sont le changement climatique ou les politiques migratoires. Beaucoup de fierté quand le Président n’accorde que dédain à Jean-Marie le Pen et conclut sur le déclin de l'extrême droite.

Enfin, achevant ces lignes devant la Tour Eiffel toute du bleu européen revêtue, je pense surtout au dernier regard limpide de Bronislaw Geremek.

Catégorie : L'EUROPE QUE JE VOIS | Mots clés : Bronislaw Geremek catch the eye Galileo Plénière Parlement européen priorités communes présidence française

Un commentaire REAGIR

1 Martina Latina24.07.08 06:36

Merci pour ces nouvelles rassurantes, voire enthousiasmantes, du fonctionnement démocratique tel qu'il se déroule à l'intérieur de l'hémicycle de STRASBOURG !
GALILEO s'inscrit à mes yeux dans la logique lancée par le visage tutélaire d'EUROPE dont le nom signifie - au risque de me répéter - la Fille aux Larges Vues, en lui donnant sa consistance de communication rapide et transparente, en matérialisant pour ainsi dire sa mystérieuse vocation par des réalisations en cours ou à venir.
Il me semble par ailleurs que des débats parlementaires aussi spontanés et vigoureux mériteraient d'être largement diffusés à l'échelle européenne : sans doute la chaîne franco-allemande ARTE fut-elle créée à Strasbourg à côté du vaste et beau Parlement européen, au coeur historique et géographique de l'Europe en marche, notamment pour assurer cette fonction; effectivement, ses créations aussi originales que jeunes, ses équipes multiculturelles autant que polyglottes, ses actualités ouvertes et nuancées, offrent autant de PASSERELLES pour la construction de l'Union, pour la prise de conscience de notre commune appartenance, pour l'approfondissement personnel de la citoyenneté européenne et pour son exercice communautaire; il serait bon que le travail des députés y gagne encore en représentativité, donc en crédibilité et en efficacité au service du BIEN COMMUN, à la différence du grand show dérisoire et décourageant auquel se réduisent trop souvent les "Questions au gouvernement" sur France 3 !
Puisse la Présidence française de l'Union éclaircir encore l'horizon européen, à la lumière des étoiles et de l'azur tissant notre drapeau, et surtout en reprenant le flambeau de Bronislaw Geremek !




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