Vues d'Europe | Le blog de Jean-Pierre Jouyet

"Ni putes ni soumises"

21.07.08 11:56| 2 commentaires | Fil des réactions à ce billet

J’ai rencontré jeudi 17 juillet Sihem Habchi, présidente de « ni putes, ni soumises » et membre du collège de la Haute autorité de lutte contre les discriminations (HALDE). Elle n’est pas encore aussi connue que Fadela Amara, ma collègue du gouvernement, précédente présidente de cette association qui œuvre en France et en Europe pour le droit des femmes, notamment celles qui vivent dans les quartiers difficiles. Mais retenez bien le nom de Sihem Habchi : il ne restera pas inconnu très longtemps.

C'est une femme tout à fait remarquable qui porte avec force les valeurs de la laïcité républicaine et les droits des femmes. Ces valeurs sont aujourd’hui menacées. C'est l’honneur de Madame Habchi d'appeler à la mobilisation, en France et en Europe, pour conduire ce combat.

J’ai été très impressionné par la capacité de « ni putes, ni soumises » de porter son message dans les autres Etats membres de l’Union européenne affectés par les mêmes phénomènes que ceux que nous connaissons en France : le risque du communautarisme, du repli sur soi et la persistance d’atteintes inacceptables aux droits des femmes, comme les mariages forcés ou les crimes dits d’honneur. Partout où l’association s’exprime en Europe, elle y trouve une résonance : au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Suède, en Allemagne, en Italie.

La Présidence française donnera un écho au message de « ni putes, ni soumises » à l’occasion des différentes manifestations qui seront organisées sur le thème de la lutte contre les discriminations.

J’ai également écouté Sihem avec beaucoup d’attention me parler de la situation des jeunes, et notamment des jeunes filles, des pays de l’autre rive de la Méditerranée où « Ni putes, ni soumises » a pris l’initiative de créer un réseau de femmes. L’Europe doit soutenir de manière plus efficace et coordonnée les forces démocratiques et la société civile dans le cadre de sa politique de voisinage, par exemple pour promouvoir partout la scolarisation des filles ou les droits des femmes. Elle doit aussi éviter à tout prix d’isoler la Turquie, pays musulman le plus avancé dans la voie de la démocratie.

En écoutant Sihem, que je ne connaissais pas, me conter ses déplacements passés en Algérie, ses visites actuelles en Europe et son prochain voyage aux Etats Unis, je m'étonnais d'être devant une Européenne si "neuve". C'est le discours le plus frais sur l'Europe que j'entendais depuis longtemps. Tout le contraire de la vieille Europe; toute la promesse d'une Europe pluraliste.


 

Catégorie : L'EUROPE A LAQUELLE JE CROIS | Mots clés : droits des femmes ni putes ni soumises présidence française

2 commentaires REAGIR

1 Martina Latina22.07.08 07:19

Oui, l'Europe est "jeune", car porteuse d'idées aussi fécondes que "neuves" : elle l'est et peut le rester de manière naturelle depuis sa naissance, puisqu'elle est fille d'EUROPE, la Phénicienne que certaines céramiques de la Grèce antique présentent comme une "prostituée", et d'autres comme "livrée" à certain taureau divin l'emportant sur la mer vers la Crète, vers le continent occidental auquel étrangement, par la suite, elle prêta son propre nom !
C'est une immigrée certes mythique, mais à elle seule cette fille de la future terre libanaise symbolise et nomme tous les métissages, les brassages de messages et d'innovations qui ont tissé autant les communications passées du Bassin méditerranéen que l'Europe actuellement en unification !
Bon vent donc également à "Ni putes, ni soumises", à la HALDE, à Sihem Abchi ! Merci de faire avancer l'idée, l'image et la réalité européennes !

2 dignité-libertés19.08.08 12:53

Europe, kidnappée des terres syriennes et libanaises pour devenir en Crète maîtresse de Zeus, lui-même fervent dévot de libre circulation même si ayant pour domiciliation un certain mont de Grèce, et qui, ensemble, par trois enfants bâtards, ont donnés nom par la mère à la famille européenne. Europe s'affirme d'urgente fertilité en ces temps difficiles pour les couples incluant l'étranger, et d'autant plus pour le conjoint européen lui-même issu de l'étranger. Ces couples ne veulent pas être suspendus de sol durant quatre longues années puis interdits par l'inopportune grâce d'un impératif qu'on dit d'intégration en trop léger prétexte à confondre ADN et Athènes pour faire place plus discrète à d'autres familles jugées plus qualifiées. Europe rappelle depuis un mois à un petit Royaume et son Prince que dissimuler la nouvelle citoyenneté, y contrevenir ou plus encore s'en exonérer, c'est en subir la foudre, spécialité du père. Les mêmes fils d'Ariane dévident les mêmes pelotes. Une République devra elle aussi s'y plier, qui dissimulait à sa Constitution des éléments essentiels des nouvelles règles des unions outre-mer et de nul souffle n'avertissait ses Assemblées que les pouvoirs tangibles de la citoyenneté mythique donnaient du droit aussi à ses concitoyens et qu'il fallait l'organiser. Tout en bas de l'échelle, la conscience s'étend que l'horizon se reconstruit aux marées de l'automne et qu'il est nécessaire de savoir si chacun, là où il est, à ce moment, dira ce qu'il en est pour le domaine qui le concerne. (la simple publication de ce message suffirait)




Votre commentaire