A la
mi-décembre, j'avais lu sur le blog de Jean Quatremer son billet sur l'anglais
qui gagne peu à peu la Commission, à commencer par ses porte-paroles, une
parole nécessairement modelée par le tropisme "libéral" de leur
institution, selon le journaliste de Libération.
Je
profite du nouveau post de Jean Quatremer et de mon retour de Bruxelles où je
viens de participer à la conférence sur le multilinguisme pour faire quelques
observations sur cette importante question.
D'abord,
ce n'est pas parce qu'on parle anglais qu'on adopte nécessairement le disque
dur de la pensée ultra-libérale. L'anglais est une langue trop riche pour qu'on
la réduise à cette caricature. Ce qui me choque le plus, c’est que tous les
documents soient écrits d’abord en anglais même par des fonctionnaires français
ou francophones, là est le vrai recul.
En
outre, si les porte-paroles sont majoritairement des anglophones, c'est parce
que les questions leur sont posées majoritairement par des journalistes
anglophones ! Ce n'est pas la faute de la Commission, convenez en. Qu'il y ait
un déficit de couverture médiatique à Bruxelles de la part de certains pays, voilà
un vrai sujet (j'ai déjà dit combien je trouvais dommage que l'actualité
européenne ne suscite chez nous qu'un intérêt erratique et discontinu,
notamment à la télévision). Les médias français doivent être plus présents, c’est
le second recul.
Le multilinguisme
est une chance qui concilie identité nationale et identité européenne. C’est
aussi un atout économique. Dans une Europe élargie, le respect de la diversité
linguistique et culturelle est le meilleur vecteur d’un attachement fort à l’Europe.
Dans ce domaine comme dans d’autres, rien ne serait pire que l’uniformité.
Sous
la Présidence française, nous rappellerons clairement que le français doit être
utilisé comme langue officielle et comme langue de travail de l'Union
européenne et nous serons attentifs à ce
que chaque Institution y veille scrupuleusement et rigoureusement. Nous devons
être très vigilants pour que la langue française reste une référence. C'est une
des conditions du maintien de la diversité dans une Europe élargie. Le
plurilinguisme est un atout pour l'Europe.
Enfin,
je vous invite à lire le rapport de l'écrivain franco-libanais Amin Maalouf,
remis le 31 janvier à la Commission européenne qui l’avait chargé d'une
étude sur la diversité linguistique en Europe. Il souhaite développer à côté de
la langue maternelle, la langue de cœur pour que chacun se sente plus européen.
27 commentaires REAGIR
Eh bien, Jean-Pierre Jouyet, je crois que voilà l'occasion pour vous de découvrir le peuple espérantiste, qui va s'abattre à tire-d'aile sur le miel de ce post.
"Rien ne serait pire que l'uniformité" dites-vous, est-ce pour cela que l'anglais est imposé à l'école primaire (sans aucun choix, sur des bases légales très fragiles) à la plupart des enfants français ? Il faut effectivement revenir à la diversité des langues à l'école, et laisser les élèves réellement libres de choisir leurs langues. L'uniformité, c'est l'hégémonie de l'anglais qui ne respecte pas les autres langues, ni les autres peuples en rapportant annuellement une fortune à la GB.
A la suite de cette importante réunion à Bruxelles, est-il possible de savoir comment deux Européens pris au hasard vont pouvoir discuter entre eux ? Ou ce droit leur sera-t-il interdit autrement qu'en anglais ?
Le récent rapport du "groupe d'intellectuels" est une officialisation de l'anglais lingua franca, en ne proposant que d'en rajouter une deuxième, et la création d'une foule d'instituts bilatéraux, un vrai délire administratif. Heureusement ce rapport est totalement inapplicable !
Il y a pourtant de nombreuses possibilités d'action, seule manque la volonté :
Erasmus mundus, Comenius et French 24 sont des subventions déguisées au développement de l'anglais, rien n'empêche la France de demander l'arrêt de tout cela afin de laisser agir la libre concurrence entre les langues, rien n'empêche de soutenir le président Sarkozy dans la meilleure idée qu'il ait eue jusqu'à présent, exiger des télévisions françaises d'émettre en français, rien n'empêche la France de renvoyer tout document qui lui parvient de l'UE non traduit, de soutenir l'édition scientifique en français, etc.
C'est sympa de parler de la question des langues, que l'UE fait tout pour reporter aux calendes anglophones, c'est-à-dire qu'on nous sort des platitudes sur le plurilinguisme (qui est déjà la situation actuelle, la plupart des Européens étant polyglottes à des degrés divers) jusqu'à ce que l'anglais soit présenté comme une évidence, et officialisé.
Mais je peux me tromper : tous les Européens vont apprendre cinq ou six langues à un haut niveau, et entretenir ces connaissances toute leur vie avec enthouisasme, tant il est vrai que c'est le loisir préféré de tous, qu'il est extrêmement facile de maîtriser une langue, et qu'on a que ça à faire !
Bonjour Monsieur Jouyet.
Vous écrivez :
<<Sous la Présidence française, nous rappellerons clairement que le français doit être utilisé comme langue officielle et comme langue de travail de l'Union européenne et nous serons attentifs à ce que chaque Institution y veille scrupuleusement et rigoureusement. Nous devons être très vigilants pour que la langue française reste une référence.>>
L'intention de préserver le multilinguisme est une intetion certes louable.
Je ne sais pas exactement à quelles institutions européennes vous faites allusion. Il se trouve que lors de mes activités professionnelles j'ai eu à travailler avec une institution européenne chargée de l'élaboration de certaines normes, en particulier dans le domaine industriel.
Croyez moi : seul l'anglais était employé comme langue de travail, et ce pour tout un tas de raisons.
Ne pas avoir une langue commune de travail, je l'ai vécu comme un boulet extrêmement lourd à trainer.
Pour faire bref, j'aurais tendance à penser que le multilinguisme plus ou moins imposé ( la nécessité de traduire les normes dans les différentes langues en étant un exemple) n'est pas une chance, mais plutôt un très lourd handicap pour l'Europe, au moins dans le domaine que j'évoque ci dessus.
L'idée que la perte de vitesse du français soit aussi le fait d'une demande faible d'information dans cette langue au détriment de l'anglais, avec ses effets conséquents sur l'offre, est tout à fait juste à mon sens (même si sans doute insuffisante pour tout expliquer). Que la présidence française soit l'occasion de remettre l'Europe au centre des préoccupations des médias, et singulièrement de la télévision de grande écoute, doit incontestablement constituer un des objectifs de cette présidence. En espérant par la suite que cet engouement ne soit pas que passagé... Cela devrait aussi contribuer à former les journalistes télé et contribuer ainsi à augmenter leur curiosité à l'endroit de la chose européenne. Espérons...
Sur la question des langues, les espérantistes de service ne vont pas tarder à rappliquer :-)
Tout un chacun aura pu remarquer le ton condescendant, ironique voire méprisant que certains emploient pour qualifier les messages des espérantistes, pourtant seuls à proposer une alternative cohérente, juste et pratique au tout-anglais.
Seule la posture "défense de la langue française" donne droit à quelques égards, à condition de ne pas être trop virulente, ainsi que la défense du plurilinguisme (solution qui a fait la preuve qu'elle conduisait au tout-anglais), qui est approuvé par un linguiste à longueur de colonnes, estampillé par l'UE, garanti par les pédagogues et les profs de langue craignant à tort pour leur business…, un plurilinguisme paré de tous ses certificats qui veut se présenter comme la seule solution pour le dialogue interculturel et le fonctionnement de l'UE, en dépit des évidences.
Quant aux messages défendant le tout-anglais, ils sont traités avec tous les égards dûs à leur rang, puisqu'ils émanent de nos maîtres et de ceux qui les servent !
Il est bien plus facile d'ironiser que de répondre à nos arguments… sur la discrimination à l'embauche, sur le recrutement européen qui se fait davantage en fonction des talents linguistiques que des compétences techniques, sur l'injustice politique, scientifique, et personnelle de la situation, sur la fortune retirée par la GB de l'hégémonie de l'anglais, sur la disparition du choix des langues à l'école, etc.
Ironisez mes frères, tant que vous pouvez le faire en français !
Tout un chacun aura pu remarquer le ton condescendant, ironique voire méprisant que certains emploient pour qualifier les messages des espérantistes, pourtant seuls à proposer une alternative cohérente, juste et pratique au tout-anglais.
Seule la posture "défense de la langue française" donne droit à quelques égards, à condition de ne pas être trop virulente, ainsi que la défense du plurilinguisme (solution qui a fait la preuve qu'elle conduisait au tout-anglais), qui est approuvé par un linguiste à longueur de colonnes, estampillé par l'UE, garanti par les pédagogues et les profs de langue craignant à tort pour leur business…, un plurilinguisme paré de tous ses certificats qui veut se présenter comme la seule solution pour le dialogue interculturel et le fonctionnement de l'UE, en dépit des évidences.
Quant aux messages défendant le tout-anglais, ils sont traités avec tous les égards dûs à leur rang, puisqu'ils émanent de nos maîtres et de ceux qui les servent !
Il est bien plus facile d'ironiser que de répondre à nos arguments… sur la discrimination à l'embauche, sur le recrutement européen qui se fait davantage en fonction des talents linguistiques que des compétences techniques, sur l'injustice politique, scientifique, et personnelle de la situation, sur la fortune retirée par la GB de l'hégémonie de l'anglais, sur la disparition du choix des langues à l'école, etc.
Ironisez mes frères, tant que vous pouvez le faire en français !
Qu'entendez-vous par "langue de coeur" ?
c'est en effet un sujet brulant. une matière où tout est à construire , le commissaire au multilinguisme n'ayant à peine un an d'exsitence/expérience. C'est un vrai sujet pour la présidence en espèrant qu'il sera traité avec sréieux et non pas en se contentant de ne produire que des supports de travail en français pendant la présidence. En effet, ce thème est en étroite connexion avec de nbrx autres thèmes européens : esrasme, diplome, niveau de capacité nécessaire à la transformation et la globalisiation du marché du travail, sentiment de citoyenneté , etc.......
Cela nécessite une vraie réflexion, et des propositions ..
La présidence fr de l'ue aurait mieux fait de se pencher sur ce type de pb , plutôt que de lancer des projets fantoches sur lesquels aucun partenaire ne nous suit , tel que le pojet d'union mediterranéenne.
Koz, l'article fait référence au récent rapport d'un "groupe d'intellectuels" sur le multilinguisme, résumé ici :
http://www.aplv-languesmodernes.org...
(PS : erreur de manip, j'ai cliqué 2 fois, ce n'est pas de la pub !)
L'affaire est grave en effet. Il faut distinguer entre promotion du multilingusime comme outil culturel en Europe, apprentissage des langues, et pratique linguistique de l'Organisation, deux éléments qui n'ont rien à voir.
En ce qui concerne la pratique linguistique à l'U.E., il y a des règles, qu'il faut faire appliquer. On peut discuter ces règles, et je me souviens que la France, en commençant sa présidence en 1995, avait tenté de définir des régles pour limiter l'usage des langues "officielles"..On avait vite rengainé devant la levée de boucliers. Mais c'est le talon d'Achille des Français. Quand on veut nous atteindre, on sait où frapper...Combien de délégations utilisent encore le français dans les réunions de l'U.E. (alors qu'elle le font dans les coulisses)? Combien de fonctionnaires de l'UE utiliseront encore le français lorsque la génération recrutée dans les années 70 sera partie en retraite? Pourquoi ne sommes-nous pas parvenus à faire respecter la règle des langues de travail, (et son application dans la diffusion des documents) comme nous parvenons à le faire-tant bien que mal mais mieux qu'à Bruxelles tout de même- à l'ONU, et particulièrement au Conseil de sécurité? Pourquoi l'unilinguisme anglais est-il la règle dans les Agences de l'UE, qui poussent maintenant comme des champignons? Nous devrions être beaucoup plus stricts, en adoptant leurs statuts et règles de fonctionnement, et refuser de voter les budgets.
Pourquoi la BCE en reste-t-elle à un unilingusime de fait (voir son site), et pourquoi M. Trichet, a-t-il honte de s'exprimer publiquement en français? Je me souviens d'une phrase de Xavier Darcos, alors ministre de la francophonie : "l'enjeu de la survie du français comme langue internationale se situe en Europe"...No comment, hélas...Cela dit, cet échec ne tient qu'à nous : le français était la langue de la Commission à ses débuts, et aurait pu le rester si nous avions fait le choix d'un certain type d'Europe -celui dont la Commission reste malgré tout l'incarnation, le choix d'une Europe fédérale. Mais il ne faut pas abdiquer, et il n'est jamais trop tard!!!
Monsieur le Ministre,
Le plus grand hommage que nous puissions faire à la protection de la langue française et à la diversité culturelle est lors de la future présidence française de l'UE de mettre à l'honneur les langues des pays européens, non utilisées comme langues de travail.
Voir le travail effectué par l'association linguo-responsable dont je suis simplement une sympathisante.
Il serait intéressant d'identifier à l'intérieur de chaque ministère les personnes bilingues, trilingues, en mesure de recevoir des hôtes européens de passage et de communiquer avec eux dans leur langue. En dehors de la courtoisie, cela montrerait que les Français prônent bien la diversité culturelle, sont respectueux des différences et peuvent être invités, à leur tour, à s'exprimer dans de nombreuses enceintes européennes - qu'ils désertent souvent en l'absence d'interprètes.
Le choix d'une langue favorisée en Europe n'est pas anodin ; c'est ce que note le ministre des affaires étrangères britannique en 2004, Denis MacShane en déclarant, face au constat du brutal déclin de la pratique du français dans les institutions européennes au début de la décennie 2000 à Newsweek : « Le langage est davantage que ce qu'il paraît : la suprématie de l'anglais et la décadence du français sont les signes d'une profonde réorientation de l'Europe »
Il exalte les milliers d'européens diplômés d'universités de commerce aux États-Unis fer de lance de « cette Europe anglophone très différente de l'Europe traditionnelle dont l'approche est plus économique que politique, surtout quand c'est une politique anti-américaine, et qui cherche à détruire tous les obstacles au commerce »
Margaret Thatcher déclare contre la vision française d'une Europe-puissance : « Dans ce XXIe siècle, le pouvoir dominant est l'Amérique, le langage global est l'anglais, le modèle économique est le capitalisme anglo-saxon. »
De plus vous vous trompez en disant « En outre, si les porte-paroles sont majoritairement des anglophones, c'est parce que les questions leur sont posées majoritairement par des journalistes anglophones ! Ce n'est pas la faute de la Commission, convenez en. »
Jusqu'en 1995 la langue de la salle de presse de la Commission était uniquement le français vous le savez-bien; sous la pression des nouveaux entrants, finlandais, suédois, autrichiens, qui ne voulaient pas apprendre le français, un accord a été conclu entre la France et la Commission Santer prévoyant la parité entre les deux langues, française et anglaise (certains journalistes se sont alors étonnés qu'une place privilégiée soit accordée à l'anglais, langue du dernier de la classe).
La Commission ne respecte plus l'accord et la France s'en moque.
Il faudrait concrètement que les jeunes français apprennent l'allemand, l'italien, l'espagnol dès le primaire; il faudrait que les langues européennes s'unissent contre le rouleau-compresseur anglo-américain pour donner une identité européenne à l'Europe, l'Europe européenne, indépendante et forte. Une petite rupture serait bienvenue dans l'enseignement des langues étrangères en France profitons de la présidence française pour le faire, parlez-en à Darcos.
"Le plurilinguisme est un atout pour l'Europe" dites-vous. Surtout qu'avec les sécessions et indépendances successives d'Etats de plus en plus minuscules choyées par l'Europe nous avons droit non seulement au tchèque et au slovaque, mais bientôt au croate, au serbe serbe, au serbe monténégrin, à l'albanais albanais, à l'albanais kosovar, etc. etc. Il faudra bientôt 5 pages dans nos documents de voyage pour lister le mot "passeport" dans toutes les langues officielles. Et il fallait également accepter le maltais comme langue officielle alors que l'anglais et également une langue officielle à Malte et que nous avons le plus grand mal de trouver des interprètes et traducteur maltais. Sans blague, quel intérêt de pouvoir disposer de la Décision de la Commission du 21 septembre 2007 relative à l'aide d'État — Promotion des investissements pour la rationalisation de la viticulture dans les vignobles de coteaux en Rhénanie-Palatinat – en maltais? Ah oui, il fallait aussi accepter l'Irlandais ressuscité comme 22ème langue officielle. A quand la langue d'oïl et la langue d'oc, le Catalan, le basque?
J'ai la tristesse de vous dire, Monsieur le Ministre, que cet attachement dogmatique à l'utilisation des langues officielles n'est pas un atout pour l'Europe, elle la plombe – tout comme le principe d'un Commissaire par Etat membre (que le nouveau Traité mettra du temps à surmonter) et cette pratique honteuse des quotas pour (haut) fonctionnaires nommés non pas en vertu de leurs compétences mais de leur nationalité (c'est lié dans la mesure où l'augmentation dramatique du nombre d'Etats membres à mené à des nominations au rabais au sein de la Commission notamment). Je ne suis pas contre l'élargissement, mais je pense que nous avons atteint les limites du système et l'attachement au dogme précité ne nous aidera pas à surmonter ces difficultés, pas plus que cette désinvolture de certains Etats membres à tolérer, voire encourager les déclarations d'indépendance d'entités de plus en plus microscopiques.
Cher Jean-Pierre Jouyet: le fait que les journalistes français viennent peu en salle de presse expliquerait donc que sur 36 porte-paroles, 9 soient Britanniques, 4 Irlandais, 9 Allemands et...2 Français. On serait donc "puni" pour absence injustifiée? Et les autres nationalités récompensées? Je n'y avais pas pensé à celle-là! Comme la France a voté non en 2005, ne faudrait-il pas supprimer le commissaire français ou virer les directeurs généraux hexagonaux?
Cher Jean,
Je pense que Jean-Pierre Jouyet n'a pas voulu dire cela. L'important est que tout le monde se mobilise sur le français dans toutes les institutions européennes à l'écrit comme à l'oral à chaque occasion en salle de presse ou en réunion. Un français doit utiliser sa langue sinon notre influence diminuera
Cher Jean
Un peu réducteur comme interprétation. Il me semble que j'évoque d'autres sujets dans mon post. Il me semble aussi avoir souvent entendu les journalistes français de Bruxelles, qui sont d'une grande qualité et parmi les meilleurs connaisseurs de la place, eux-mêmes déplorer la faiblesse de leur nombre au regard des contingents de plusieurs autres Etats membres...
Le nombre de journalistes français présents à Bruxelles est également facteur d'influence pour la langue et la culture françaises (dans et hors salle de presse). C'est tout ce que j'ai voulu signifier.
Cher Jean-Pierre,
Me voilà rassuré! La faiblesse de la présence des médias français est une réalité incontestable. Je dois aussi dire qu'elle ne fait qu'exprimer un désintérêt des citoyens pour l'Europe. Lorsque Libération fait sa "une" sur l'Europe, hors période de référendum, les ventes baissent... C'est presque une loi physique, j'ai pu le vérifier auprès de mes confrères. C'est désespérant et cela est sans doute dû au fait que les politiques ne parlent pas assez d'Europe ou en parlent mal (en dehors de vous, bien sûr ;-)).
On ne peut pas nier non plus que la communication de plus en plus anglo-saxonne de la Commission pousse les journalistes latins vers la sortie. Les mots et les rituels ne sont pas les notres, c'est ainsi. On a souvent l'impression d'être dans une salle de marché désormais... Est-ce un hasard si les latins sont plus à leur aise au Conseil des ministres ou au Parlement européen où l'on respecte bien mieux les équilibres nationaux (culturels si vous préférez) qu'à la Commission?
Cher Jean-Pierre Jouyet,
Vous avez écrit:
"Sous la Présidence française, nous rappellerons clairement que le français doit être utilisé comme langue officielle et comme langue de travail de l'Union européenne et nous serons attentifs à ce que chaque Institution y veille scrupuleusement et rigoureusement. "
Que pensez-vous alors de votre collegue, Valérie Pécresse qui, comme nous le rapporte Jean Quatremer:
"a raconté que lors des déjeuners informels avec ses vingt-six collègues, elle s’exprimait en anglais sans réticence puisque c’est la langue commune : « je ne vais pas les obliger à avoir recours à l’interprétation »."
http://bruxelles.blogs.liberation.f...
Ou est la cohérence du gouvernement?
D'experience, je peux vous dire qu'un obstacle important au multilinguisme est budgetaire. L'autorité budgetaire de l'UE à laquelle la France participe à travers le Conseil, ne donne plus à la Commission les moyens financiers d'assurer la traduction de tous ses documents de travail en trois langues, y compris les compte rendus de comités de règlementation.
M. Jouyet, vous me permettrez d'exprimer des doutes
à voir le prix de la "carpette française" et à lire par exemple l'article http://www.cafebabel.com/fr/article... il me semble que, avant de demander aux institutions de plus utiliser notre langue il faudrait renforcer l'usage de celle-ci dans notre pays et permettre à d'autres langues de continuer à être utilsées
j'ai pratiqué dans une institution européenne le multilinguisme
notre langue de travail était le français;
avec les anglophones, comme mon anglais actif était médiocre, je m'exprimais en français et eux, lorsqu'ils jugeaient leur français insuffisant, s'exprimaient en anglais
avec mes quelques collègues germanophones, je m'exprimais en allemand, de plus j'apprenais à l'un d'eux, les nuances écrites, les différences entre le français écrit et le français de tous les jours. Après une dizaine d'années passées ensemble, il est capable de rédiger un rapport en français et de participer, malgré un fort accent, à une réunion de francophones.
je me pose la question :
parmi les francophones, principalement les français, combien d'entre eux peuvent s'exprimer dans une autre langue que le français et l'anglais ?
les locuteurs de langues à faible diffusion (principalement les nouveaux arrivants) ne s'intéresseront qu'aux langues utiles ou à celles parlées par ceux capables de comprendre la leur
il est à noter qu'un fonctionnaire européen doit connaître deux langues officiellles de la Comunauté européenne et s'il n'en apprend pas une troisième il ne pourra pas être promu après sa titularisation (c'est le nouveau statut que je n'ai pas connu)
il a la possibilité de suivre des formations dans nombre de langues, formation classique ou semi-intensive,
à titre d'anecdote, en 1973, j'ai servi d'interprète (amateur) durant une réunion d'informaticiens en Allemagne dans un grand groupe mondial; les échanges se passaient en allemand, seul mon chef ne parlait que le français, l'anglais dépannait et certains s'exprimaient aussi en français
ma conclusion est qu'il faut qu'en plus d'un rappel des règles, en France l'enseignement d'autres langues que l'anglais soit favorisé, que les régions où un certain bilinguisme existe (patois non français compris) puissent étendre ou approfondir ces connaissances (dans les années 60 j'ai fait la chasse au parler alsacien à l'école, c'étaient les consignes)
(-; sinon le français risque de devenir, dans l'Europe, une langue aussi officielle que le latin au Vatican ;-)
PS Vous citez le blog de Jean Quatremer, pour faciliter l'accès à ce blog, il serait judicieux d'inclure un lien comme celui-ci http://bruxelles.blogs.liberation.f... pour permettre à vos lecteurs de lire ce blog sans avoir à rechercher son adresse
PS j'ai lu le rapport de M. Amin Maalouf. Là aussi, si vous voulez le faire connaître, il faut passer aux usages et fournir l'adresse http://ec.europa.eu/education/polic...
PS pour 11 Lecamp : merci, nous allons dans le même sens
Bravo pour ce manque de courage politique de la part de la France (enfin la France, une partie de la vénérable "élite" française)!
Je connais bien la question et je n'ai pas encore vu l'action efficace du gouvernement français en matière de renforcement de la langue française dans les instances européenens.
L'influence dans le monde ne vaut que grâce à l'action de l'Organisation internationale de la Francophonie, organisation pour laquelle la France rechigne à développer de peur de faire ombrage à cette satanée Commission européenne. On parle de moins en moins le français, car nous ne sommes même pas capables de la défendre. Nous parlons beaucoup et nous n'agissons pas. Est-il normal que le site des relations extérieures de l'UE ne soit quasiment qu'en anglais ? Les journalistes anglophones n'ont rien à voir là-dedans.
Quant au multilinguisme, cela me fait bien rire, moi qui habite dans un région frontalière de l'Est, régions orientales où l'on parle de moins en moins l'allemand (-110% en LV1 public depuis 1992 source du rectorat de Nancy-Metz). Cela n'est pas sans conséquence sur l'activité économique.
Mais vous qui êtes également Secrétaire Général pour la coopération franco-allemande et Président de fait de la Commission interministérielle France-Allemagne (CICFA) devez sans doute savoir cela à moins que vous ne vous activiez que dans ce qu'appelle Alfred Grosser, une gouvernementalisation de la coopération franco-allemande.
Et que l'on ne me parle pas de cette propagande de coopération franco-allemande qui ne cesse de décliner faute de s'intéresser à la société civile.
C'est là une bien triste image pour la commémoration du Traité de l'Elysée (qui scella en 1963 la coopération bilatérale institutionnelle), dont tout le monde semble se moquer, à commencer par le Quai d'Orsay.
Ce n'est qu'en défendant notre langue et en redonnant parole à la société civile franco-allemande (qui dépasse les capitales) que le couple franco-allemand fera avancer l'Europe, l'Europe des citoyens. C'est là un aspect essentiel que devrait être votre fonction de Secrétaire Général pour la coopération franco-allemande.
Cordialement,
Gregory DUFOUR
Ayant quelques origines lorraines, je n'acquiesce pas au vibrato du post précédent. Cette région et notamment sa partie transfrontalière avec le Luxembourg vit sous perfusion, mais refuse de le reconnaître. Celles et ceux qui ne sont pas des travailleurs transfrontaliers récusent le luxembourgeois (appelé curieusement le patois ou platte dans les environs de Thionville) et les jeunes générations ne veulent plus apprendre l'allemand.
Il y aurait bien lieu de ranimer la flamme européenne, notamment en aidant cette région française à retrouver un dynamisme économique, social, culturel et environnemental, propre à lui inspirer fierté et sociabilité majeure avec ses voisins. Les disparités flagrantes dans le micro-territoire considéré avec le Grand Duché créent des fractures difficilement conciliables avec les exigences plurilinguistiques et pluriculturelles du développement de la-dite grande Région.
Que le plurilinguisme soit un atout de l'Europe, pourquoi pas? Pour autant, en quoi est-il nuisible que des textes soient rédigés en anglais plutôt qu'en français, puisque ni l'une ni l'autre langue ne portent en elles-mêmes l'obligation néolibérale? Le néolibéralisme qui inspire la construction européenne, et que l'UE défend dans les institutions internationales, c'est la majorité des hommes politiques européens qui continue à essayer de l'imposer... contre la volonté exprimée par une majorité de Français en 2005. En français, en anglais, en grec ou en basque, en même en luxembourgeois j'imagine, on peut aussi tenter de construire un monde meilleur, juste et solidaire. Mais ce n'est pas la politique (libérale? néolibérale?) du gouvernement de MM. Sarkozy et Fillon.
Alors, M. Jouyet, si l'anglais n'impose pas le disque dur de la pensée ultra-libérale, qu'est-ce qui vous gêne dans l'usage de cette langue pour la rédaction de textes législatifs européens, quand bien même serait-ce le fait de Français? Y a-t-il là une violence symbolique que nous pourrions moins bien supporter que des Espagnols ou des Bulgares?
J'aime ma langue autant que vous je crois, et pourtant, qu'elle puisse être dominée de la sorte voire même disparaître un jour, ou devenir une langue morte, ne m'attriste pas. D'autres langues ont subi ce sort, et le français lui-même a bien changé en quelques siècles d'existence. Non, qu'un jour plus personne ne le parle ne me fait ni chaud ni froid.
Tant que le néo-libéralisme économique (européen)n'impose pas la loi du plus fort au monde...
Peut-on trouver meilleure définition d'anglo-soumission, d'anglo-collaborationnisme ? (que le message du 19 03 08 00:38) On croit entendre une pub "il aime sa langue, pourtant il est prêt à la faire disparaître"
Quelques références, un exemple, une anecdote et une suggestion pour la Présidence:
- Plus d'articles et 'interviews' sur les langues ici:
www.euractiv.com/fr/culture
- Un exemple ?
Chez EurActiv, nous sommes partisans d'un multilinguisme pragmatique. C'est à dire pro-actif, realiste, et surtout efficace:
- seulement trois langues au niveau européen, sur www.EurActiv.com
- langues nationales, realisées de facon decentralisée, non pas par des traducteurs mais par des journalistes qui localisent, respectueux des cultures et interets locaux. Voir par exemple www.euractiv.fr (fait à Paris, different de la version francophone 'bruxelloise') ou www.euractiv.ro , qui est presque comprehensible pour des latins de l'Ouest.
- Une anecdote:
Je n'oublierai jamais que, lors du lancement de notre premiere version francophone à Bruxelles en 2001, il y avait plusieurs ambassadeurs et Commissaire à la tribune, mais pas de représentant francais, pas même le moindre attaché de la RP dans la salle, malgré nos efforts... Cela a bien changé, avec votre présence, M. Jouyet, lors de l'inauguration de EurActiv France à Paris en novembre 2007.
- Suggestion pour la Présidence: des moyens pour le francais ET l'ALLEMAND:
Il est vrai que l'avenir du francais se joue en Europe.
L'Organisation Internationale de la Francophonie aussi l'a bien compris, qui - entre autres actions - soutient la promotion du français sur l'ensemble du réseau EurActiv (réseau qui est d'ailleurs dirigé par un slovaque... francophone!)
Quant à elles, les autorités allemandes ont tendance à se plaindre de temps en temps du caractere theorique de leur statut de language de travail. Mais que font elles pour la promouvoir de facon concrete?
Quand on s'adresse à elles, en privé on entend que la langue n'est pas aussi importante que pour les francais, et en public on rétorque que c'est une matiere culturelle, pour les Laender. Est-ce une raison pour ne pas avancer? La plupart des pays de l'UE ont une taille inférieure à celle de la Rhénanie Wesphalie, et defendent bec et ongles leur statut linguistique, parfois au delà du raisonnable. Au niveau des médias, par contre, l'Allemagne est plus présente que la France: on y trouve des bonne pratiques aussi. La plupart des journalistes allemands à Bruxelles comprennent d'ailleurs le francais, l'inverse n'étant pas souvent le cas: on pourrait progresser des deux cotés.
Sous l'impulsion du Commissaire Orban, la Commission remet sur le métier la mise en oeuvre du regime linguistique. Pourrait-on aller au dela des aspects institutionnels - 'sensibles' et donc peu susceptibles d'évoluer fortement - , et parler de promotion dans la pratique?
--> Je suggere que, sous votre direction, la présidence francaise coordonne avec Berlin et les Laender un plan de promotion des 'deux autres grandes langues de travail'. Il s'agit concretement d'estimer et faire progresser le nombre de locuteurs qui utilisent vraiment ces deux langues quand c'est possible.
Souvenons nous du bon 'Motto' de la Présidence allemande pour le 50eme aniversaire: Zusammen!
Intercompréhension = avenir européen.
"Le-débat-sur-les-langues" n'est pas prêt de se refermer car on tourne en rond. La langue est le principe sur lequel nombre d'états, à commencer par la France, ont bâti leur identité. Plus la langue est unique, forte, dorée sur or fin avec une académie et une Littérature, et plus l'Etat est fort. Or, la réalité est que la langue n'est pas une, mais un système au sein duquel tout fonctionne en continuum. La langue française (cf. article de Thomas Ferenczi du mardi 10 juin 08, page 16, Le Monde) représente 12% de locuteurs en langue maternelle et 14% en langue "étrangère" (magnifique adjectif en contexte européen) dans le cadre de l'Europe politique. C'est la "troisième" langue, après anglais et allemand. Mais rajoutons français, italien (13 + 3), espagnol (9 + 6), portugais, roumain = nous serons alors à 45% de langue romane maternelle.
Cet ensemble du système des langues romanes est le premier en Europe, le premier au monde. Qu'est-ce que ce système? Un espace où chacune de nos langues est une variante. Apprendre le système et la variabilité de manière précoce, ou semi-précoce (=8-11 ans, premier âge de l'apprentissage d'une langue "étrangère" en Europe) n'est pas chose compliquée. Il suffit juste que l'institution scolaire s'empare de techniques et d'outils et le déploie, une heure par semaine, sur le temps scolaire des pays concernés.
C'est cet enjeu que le programme scolaire européen EURO-MANIA, piloté par l'IUFM Midi-Pyrénées, et financé par la Commission Européenne, met en place. Résultat =
- le premier manuel scolaire européen (en 6 langues, sur 5 pays)
- un site web unique pour télécharger les 20 leçons (sciences, mathématiques, histoire-géographie, technologie) et écouter les langues enregistrées
- un Colloque Européen (informations & inscriptions sur www.euro-mania.eu) à Toulouse, dans le cadre de la présidence française à l'Union Européenne.
Pierre Escudé
M. Jouyet,
à l'adresse http://www.eu2008.fr/PFUE/engineNam... je constate que la ligne supérieure de navigation est écrite en anglais et les déroulants correspondants amènent sur des pages en anglais
Non seulement l'anglais gagne à la Commission mais aussi sur EU2008.FR
quant au "Gruβwort des französischen Präsidenten der Republik" je traduis par "accueil du président français de la république"
Le plan du site en allemand est une macédoine de français et d'allemand
Respectons les autres pour être respectés