Catherine Chatignoux est sans doute l’une des meilleures spécialistes des questions européennes. Elle écrit pour le journal les Echos qui analyse toujours avec pertinence les évolutions de l’Union européenne. Néanmoins je ne partage pas le point de vue qu’elle a exprimé vendredi dernier consistant à opposer, une nouvelle fois, élargissement et approfondissement. « Plus l’ensemble s’élargit, plus il perd en cohérence » écrit-elle. Pour ma part, je fais le constat inverse : plus je pratique d’Europe à 27, plus je parcours le continent, plus je rencontre des dirigeants des Etats membres, plus je suis convaincu que l’élargissement est une chance.

Le nombre d’Etats membres n’est pas un frein à de nouvelles avancées, dès lors qu’ils partagent les mêmes valeurs. Les nouveaux Etats membres nous ont apporté beaucoup en termes de croissance économique, de sensibilités nouvelles, de poids politique, de rapport de forces. Par le nombre, l’Europe s’enrichit et pèse de tout son poids pour s’affirmer encore davantage auprès de ses partenaires asiatiques, africains ou américains.

Beaucoup pensaient que le Conseil de l’Union allait souffrir de l’élargissement. Imaginez un tour de table à 27 ! En fait, les Conseils ne sont pas plus longs, ni plus lourds qu’auparavant. Ne s’expriment que ceux qui ont un point essentiel ou une sensibilité particulière à faire valoir. Avec le traité de Lisbonne, les difficultés institutionnelles qui pouvaient subsister quant aux règles de vote, par exemple, seront dépassées. Je ne sache pas de sujets prépondérants sur lesquels les récents élargissements aient provoqué un blocage. Les dissensions majeures sont souvent le fait des anciens Etats membres et non des nouveaux venus qui apparaissent comme les plus déterminés à jouer le jeu du compromis.

Bref, n’ayons pas peur de l’élargissement de l’Union. Ne fermons pas la porte à ceux qui attendent de pouvoir partager notre prospérité économique, notre stabilité politique et notre sécurité juridique. L’Europe élargie est une chance dès lors qu’elle ne bloque pas l’Europe politique, ce qui est aujourd’hui le cas. Il faut mener une « pédagogie de l’élargissement ».